10. Réponse aux incidents
Comment
votre service informatique s'est-il préparé à gérer un incident lié à la
sécurité ? De nombreuses organisations apprennent à réagir face à un tel
incident uniquement après avoir connu une attaque. À ce stade, le coût de l'incident
est souvent beaucoup plus élevé qu'il ne l'aurait été dans d'autres conditions.
Il est donc important que vous prévoyiez dès le départ, dans le cadre
de vos stratégies de sécurité globale et de minimisation du risque, un plan de
réponse aux incidents parfaitement adapté.
Un tel
plan présente bien évidemment des avantages directs, sans oublier d'autres
avantages financiers indirects. Ainsi, votre compagnie d'assurances peut vous
proposer des tarifs préférentiels si vous prouvez que votre organisation est
capable en permanence de gérer les attaques de façon rapide et rentable. Autre
exemple : si vous êtes un fournisseur de services, un plan de réponse aux
incidents formalisé peut vous faire gagner des parts de marché car il montre
que la sécurisation de l'information revêt à vos yeux une importance
primordiale.
Ce
chapitre décrit les processus et les procédures à mettre en œuvre pour répondre
efficacement aux intrusions identifiées dans un environnement Microsoft®
Windows® 2000 Server. Il explique les avantages que l'on peut tirer de la
formation d'une équipe de gestion des incidents de sécurité, dont les membres
remplissent des rôles explicitement définis. Il traite également de la
procédure requise pour établir un plan de réponse aux incidents de sécurité.
Enfin, une étude de cas montre comment appliquer de façon optimale ce processus
et ses procédures connexes dans votre organisation.
Réduction du nombre et de la gravité des incidents de sécurité
Dans
tous les domaines de la vie, il vaut mieux « prévenir que guérir »,
et la sécurité ne fait pas exception à cette règle. Toutefois, s'il est
toujours préférable d'éviter les incidents de sécurité (reportez-vous à ce
sujet aux chapitres 5 à 8), cela n'est pas toujours possible. Dès lors,
lorsqu'un incident de sécurité se produit, le mieux est d'essayer de limiter
son impact. Pour réduire le nombre d'incidents de sécurité et leur impact, des
mesures doivent être prises, tant sur le plan de la prévention que de la
réaction immédiate :
· Établir avec précision toutes les stratégies et procédures requises et les mettre en œuvre de manière rigoureuse. De nombreux incidents de sécurité surviennent accidentellement parce que le personnel informatique n'a pas suivi ou compris les procédures de gestion des modifications ou qu'il a mal configuré des périphériques de sécurité, tels les pare-feu et les systèmes d'authentification. Vos stratégies et procédures doivent être testées de façon approfondie afin de s'assurer non seulement qu'elles sont fonctionnelles et claires, mais aussi qu'elles garantissent le niveau de sécurité approprié.
· Gagner l'adhésion de la direction aux stratégies de sécurité et de gestion des incidents.
· Analyser régulièrement l'environnement de façon à détecter ses vulnérabilités éventuelles. Cette tâche doit être confiée à un spécialiste de la sécurité compétent en la matière.
· Vérifier régulièrement les serveurs pour s'assurer qu'ils disposent des derniers correctifs disponibles.
· Mettre en place des programmes de formation sur la sécurité, tant pour le personnel informatique que pour les utilisateurs finals. Dans tout système, la naïveté de certains utilisateurs représente le risque majeur. Le ver ILOVEYOU a exploité cette vulnérabilité tant du côté des informaticiens que de l'utilisateur final.
· Publier des avis de sécurité qui rappellent aux utilisateurs les responsabilités qui leur incombent et les limites qu'ils ne doivent pas franchir. Il est important d'avertir les utilisateurs des poursuites auxquelles ils s'exposent en cas de violation de ces règles. Sans ces avis, il est difficile, voire impossible, de poursuivre les auteurs d'attaques informatiques. Renseignez-vous auprès d'un conseiller juridique pour qu'il vérifie si vos avis sont correctement formulés.
· Élaborer, implémenter et mettre en application une stratégie qui requiert des mots de passe de sécurité complexes. Pour plus d'informations sur les options de sécurité avec mots de passe complexes et sur les méthodes conseillées, reportez-vous au chapitre 5, « Sécurisation de l'infrastructure du domaine ».
· Surveiller et analyser en permanence le trafic réseau et les performances du système.
· Contrôler régulièrement tous les journaux et mécanismes d'enregistrement apparentés. Citons notamment les journaux des événements du système d'exploitation, les journaux d'application et les journaux de système de détection des intrusions.
· Vérifier les procédures de sauvegarde et de restauration. Vous devez connaître avec exactitude l'emplacement de stockage des sauvegardes, les personnes qui y ont accès, ainsi que les procédures de restauration des données et de récupération du système. Contrôlez régulièrement vos sauvegardes et les médias utilisés en restaurant des sélections de données.
· Créer une équipe CSIRT (Computer Security Incident Response Team), responsable de la gestion des incidents touchant la sécurité informatique. Les tâches attribuées à chacun des membres de cette équipe doivent être clairement définies, de telle sorte qu'aucun aspect du plan de réponse aux incidents ne puisse être négligé (pour plus d'informations sur la constitution d'une équipe CSIRT, voyez plus loin dans ce chapitre).
· Former les membres de l'équipe CSIRT à l'utilisation correcte des outils de sécurité essentiels et à la recherche de l'emplacement idéal pour les conserver. Envisagez également de leur fournir des ordinateurs portables sur lesquels ces outils sont préinstallés, afin qu'ils ne perdent pas de temps à les installer et à les configurer en cas d'incident. L'accès à ces systèmes et à leurs outils doit être correctement protégé en cas de non-utilisation.
· Rassembler toutes les informations de communication pertinentes. Vous devez posséder les noms et numéros de téléphones des personnes à avertir au sein de votre organisation (y compris les membres de l'équipe CSIRT, les responsables du support technique pour tous les systèmes et les personnes chargées des relations avec les médias). Vous avez également besoin d'informations précises pour votre fournisseur de services Internet et pour les organismes locaux et nationaux chargés de l'application de la loi. N'hésitez pas à consulter l'autorité juridique locale concernée avant qu'un incident survienne. Vous serez ainsi mieux armé pour appliquer les procédures correctes de notification des incidents et de regroupement des preuves.
· Centraliser toutes les informations du système d'urgence dans un emplacement « hors connexion », par exemple en les conservant dans un carnet ou en les enregistrant sur un ordinateur dépourvu de connexion au réseau. Ces informations comprennent notamment les mots de passe d'accès aux systèmes, les adresses IP (Internet Protocol), les informations de configuration des routeurs, les listes de définition des règles de pare-feu, les copies des clés des autorités de certification, les noms et numéros de téléphone des contacts, les procédures d'escalade, et ainsi de suite. Ces informations doivent être conservées dans un endroit sûr mais rester facilement accessibles. Pour cela, vous pouvez par exemple les crypter sur un ordinateur portable dédié à la sécurité, placé en lieu sûr, et accessible uniquement aux personnes habilitées telles que le responsable du CSIRT, le directeur de l’information ou des technologies.
Constitution du noyau central du CSIRT
Le
CSIRT (Computer Security Incident Response Team) est le centre
névralgique chargé de la gestion des incidents de sécurité informatique dans
votre environnement. Sa mission s'organise comme suit :
· analyser les systèmes à la recherche des violations de sécurité ;
· centraliser les communications, en recevant les rapports sur les incidents de sécurité et en distribuant les informations capitales aux entités voulues ;
· documenter et cataloguer les incidents de sécurité ;
· sensibiliser le personnel de l'entreprise aux problèmes de sécurité de façon à mieux prévenir les incidents ;
· promouvoir l'audit des systèmes et du réseau par l'application de processus tels que l'évaluation des vulnérabilités et les tests de pénétration ;
· se tenir informé des nouvelles vulnérabilités et stratégies d'attaque mises en œuvre par les pirates informatiques ;
· s'informer de la disponibilité des nouveaux correctifs ;
· analyser et développer de nouvelles technologies pour réduire les vulnérabilités et les risques liés à la sécurité ;
· proposer des services de conseil sur la sécurité ;
· assurer l'amélioration et la mise à jour permanentes des systèmes et procédures existants.
La
structure idéale d'une équipe CSIRT dépend du type de l'organisation et de la
stratégie de gestion des risques mise en œuvre. En général, elle comprend une
partie ou l'ensemble de vos équipes de sécurité. Le noyau central est constitué
de professionnels de la sécurité chargés de la coordination des réponses aux
incidents. Le nombre de membres que compte le CSIRT varie en fonction de la
taille et de la complexité de l'organisation. Vérifiez néanmoins qu'il est
suffisant pour que ce groupe puisse assurer correctement et à tout moment les
missions qui lui sont confiées.
Responsable
du CSIRT
Il est
essentiel que le CSIRT soit dirigé par une seule et même personne. Le responsable
est souvent chargé des activités du groupe, et il coordonne les révisions de
ses actions. Celles-ci peuvent donner lieu à des changements dans les
stratégies et les procédures de gestion des incidents futurs.
Responsable
des incidents au sein du CSIRT
En cas
d'incident, il doit y avoir une personne chargée de la coordination de la
réponse. Le responsable des incidents au sein du CSIRT est chargé d'un incident
spécifique ou d'un ensemble connexe d'incidents de sécurité. C'est lui qui
assure la coordination de toutes les communications relatives à l'événement et
qui est l'interlocuteur privilégié du CSIRT vis-à-vis de l'extérieur. Selon la
nature de l'incident, une autre personne peut endosser cette responsabilité. Ce
rôle est rarement cumulé avec celui de responsable du CSIRT.
Membres
associés du CSIRT
Outre
le noyau central du CSIRT, vous devez disposer d'un certain nombre de personnes
capables de gérer des incidents particuliers et d'y réagir. Issus de services
très divers de l'organisation, les membres associés du CSIRT sont spécialisés
dans les domaines touchés par des incidents de sécurité, mais dont le noyau
central ne s'occupe pas directement. Ces membres associés peuvent soit
participer directement à la gestion d'un incident, soit servir d'intermédiaire
en vue d'en déléguer la responsabilité à la personne adéquate au sein de leur
service. Le tableau 10-1 ci-dessous présente quelques suggestions de
membres associés ainsi que leurs rôles.
Tableau 10.1. Membres associés du groupe CSIRT
Membre associé Description
du rôle
Contact
informatique Principalement
chargé de la coordination des communications entre le responsable des incidents
du CSIRT et le reste du groupe informatique. Si cette personne ne doit pas
nécessairement posséder les compétences techniques pour répondre immédiatement
à un incident, son rôle consiste à trouver des ressources au sein du groupe
informatique pour gérer des événements de sécurité particuliers.
Représentant juridique
En général, il s'agit
d'un membre du service juridique interne, familiarisé avec les stratégies en
vigueur en matière de réponse aux incidents. Le représentant juridique
détermine la procédure à suivre au cours d’un incident en définissant une
responsabilité légale minimale et la capacité juridique maximale à traduire les
contrevenants en justice.
Avant la survenue d'un incident, il doit avoir participé à l'élaboration des
stratégies de surveillance et de réponse. De plus, il doit s'être assuré que
l'organisation ne s'expose à aucun risque juridique à l'occasion d'une
opération de nettoyage ou de réparation. Il est impératif de prendre en compte
les implications légales liées à l'arrêt d'un système et à la violation
potentielle des accords de niveau de service (SLA) ou des contrats de
partenariat établis avec vos clients. De même, il est important d'être informé
des conséquences qu'il y a à ne pas arrêter un système compromis susceptible
d'être à l'origine d'attaques et des responsabilités légales en cas de dommages
résultant de ces attaques.
Le représentant juridique est également chargé de la coordination des
communications avec les autorités juridiques ou des commissions d'enquête
externes.
Responsable de la
communication Souvent issu du département des relations publiques, le
responsable de la communication est chargé de la protection et de la promotion
de l'image de l'organisation.
S'il n'est pas toujours l'interlocuteur direct des médias et des clients, il a
pour mission d'élaborer le message (étant entendu que le contenu et l'objectif
du message sont en général sous la responsabilité de la direction). Toutes les
requêtes émanant des médias doivent lui être adressées.
Direction Selon
les cas, il s'agira de la direction du service ou de l'organisation. Tout
dépend de l'impact, du lieu, de la gravité et du type de l'incident.
Vous devez être en mesure de contacter rapidement le membre adéquat de la
direction selon la situation. La direction est chargée de l'approbation et de
la conduite de la stratégie de sécurité.
Elle détermine également l'impact total (financier et autres) de l'incident sur
l'organisation. Enfin, elle transmet les consignes à suivre au responsable de
la communication quant aux informations à divulguer aux médias et détermine le
niveau d'interaction entre le représentant juridique et les autorités
juridiques.
Gestion
d'un incident par le CSIRT
En cas
d'incident, le CSIRT coordonne une réponse émanant du noyau central du CSIRT et
communique avec les membres associés. Le tableau 10-2 suivant répertorie les
responsabilités de chacun de ces intervenants lors du processus de réponse aux
incidents.
Tableau 10.2.
Responsabilités du CSIRT au cours du processus de réponse aux incidents
|
Activité |
Rôle |
||||
|
|
Responsable des incidents au sein du CSIRT |
Contact informatique |
Représentant juridique |
Responsable de la communication |
Direction |
|
Évaluation
initiale |
Propriétaire |
Conseil |
Aucun |
Aucun |
Aucun |
|
Réponse
initiale |
Propriétaire |
Implémentation |
Mise à jour |
Mise à jour |
Mise à jour |
|
Collecte des
preuves |
Implémentation |
Conseil |
Propriétaire |
Aucun |
Aucun |
|
Implémentation
du correctif temporaire |
Propriétaire |
Implémentation |
Mise à jour |
Mise à jour |
Conseil |
|
Envoi du
message |
Conseil |
Conseil |
Conseil |
Implémentation |
Propriétaire |
|
Vérification
par rapport à la législation en vigueur |
Mise à jour |
Mise à jour |
Implémentation |
Mise à jour |
Propriétaire |
|
Implémentation
du correctif définitif |
Propriétaire |
Implémentation |
Mise à jour |
Mise à jour |
Mise à jour |
|
Évaluation de
l'impact financier sur l'entreprise |
Mise à jour |
Mise à jour |
Conseil |
Mise à jour |
Propriétaire |
Définition d'un plan de réponse aux incidents
Tous
les membres de votre environnement informatique doivent savoir comment réagir
face à un incident. Si le CSIRT met en œuvre la plupart des actions de réponse,
votre personnel informatique doit, à tous les niveaux, connaître la procédure
de signalement des incidents en interne. Les utilisateurs finals informent
directement le personnel informatique des activités suspectes ou s'adressent à
l'assistance technique mais ils ne contactent pas directement le CSIRT.
Le
plan de réponse aux incidents est alors étudié en détail par tous les membres
de l'équipe et mis à la disposition de l'ensemble du personnel du service
informatique. De cette manière, le respect des procédures correctes est garanti
en cas d'incident.
Le
plan de réponse aux incidents doit inclure les étapes ci-après :
·
évaluation
initiale ;
·
communication de
l'incident ;
·
minimisation des
dommages et du risque ;
·
identification du
type et de la gravité du compromis ;
·
protection des
preuves ;
·
notification aux
organismes externes ;
·
récupération des
systèmes ;
·
compilation et
organisation de la documentation sur l'incident ;
·
évaluation des
dommages et des coûts de l'incident ;
·
révision de la
réponse et mise à jour des stratégies.
Remarque : L'aide-mémoire sur la réponse aux incidents (documents en anglais, JA1001.doc) peut servir de liste de contrôle pendant un incident, afin de s'assurer que toutes les phases ont été exécutées correctement.
Ces étapes ne se déroulent pas toujours de façon séquentielle. Elles surviennent tout au long de l'incident. Ainsi, la phase de documentation commence dès le début et se poursuit durant tout le cycle de vie de l'incident. De même, la communication doit être maintenue tout au long de l'incident.
D'autres
aspects du processus sont exécutés en parallèle. Par exemple, l'évaluation
initiale permet de se faire une idée générale de la nature de l'attaque. Il est
important d'utiliser ces informations pour minimiser les dommages et le risque
dès que possible. Si vous agissez rapidement, vous gagnerez du temps et de
l'argent, et vous préserverez la réputation de votre organisation.
Toutefois, tant que vous n'aurez pas déterminé exactement le type et la gravité de l'attaque, vous ne pourrez pas minimiser les dommages et le risque de façon réellement efficace. Une réponse trop précipitée risque même d'aggraver la situation par rapport à l'attaque initiale. En menant de front ces deux batailles, vous obtiendrez le compromis idéal entre une action rapide et une action efficace.
Remarque :
Il
est très important de tester en détail le processus de réponse aux incidents
avant qu'un incident ne survienne. En l'absence de tests approfondis, vous ne
pouvez pas être certain de l'efficacité des mesures de réponse aux incidents en
vigueur.
Évaluation initiale
De
nombreuses activités peuvent être interprétées comme une attaque dirigée contre
votre organisation. Par exemple, une maintenance système normale effectuée par
un administrateur réseau peut ressembler à une attaque lancée par un tiers. Dans
d'autres cas, un système mal configuré peut provoquer de fausses alertes dans
un système de détection des intrusions, ce qui complique la détection des vrais
incidents.
L'évaluation
initiale s'organise comme suit :
·
Vous devez
déterminer avant tout si vous êtes confronté à un incident réel ou à une fausse
alerte.
·
Vous devez avoir une
idée globale du type et de la gravité de l'attaque. Les informations ainsi
rassemblées doivent être suffisantes pour entamer la phase de communication
visant à approfondir les recherches et pour commencer à minimiser les dommages
et le risque.
·
Vous devez
enregistrer vos actions de façon précise. Ces données serviront ensuite à
documenter l'incident (qu'il soit réel ou non).
Remarque :Même si, dans la mesure du possible,
vous préférez éviter les fausses alertes, il est toujours préférable de réagir
à une fausse alerte qu'ignorer un incident réel. L'évaluation initiale doit
donc être aussi courte que possible tout en tentant d'éliminer les fausses
alertes évidentes.
Communication de l'incident
Après
avoir décelé un incident de sécurité potentiel, vous devez rapidement informer
le reste des membres du noyau central du CSIRT de la violation de sécurité. Le
responsable des incidents, conjointement avec le reste du groupe, doit rapidement
identifier les personnes à contacter en dehors du groupe. Cela permet de
conserver la maîtrise de l'incident, d'en assurer la coordination et de
minimiser l'ampleur des dégâts. Sachez que les dommages peuvent se présenter
sous plusieurs formes : une violation de sécurité qui fait la une des
journaux peut avoir des répercussions bien plus graves que bon nombre d'autres
intrusions dans un système. Pour cette raison, mais aussi pour éviter qu'un
intrus n'en soit avisé, seules les personnes jouant un rôle dans la réponse à
l'incident doivent être informées, et ce, aussi longtemps que le problème n'est
pas totalement maîtrisé. En fonction de la situation, votre groupe déterminera
ultérieurement qui doit être prévenu. Il peut s'agir de personnes isolées dans
l'entreprise, de l'ensemble du personnel et de clients externes.
Minimisation des dégâts et du risque
En
agissant activement pour réduire les effets réels et potentiels d'une attaque,
vous pouvez faire la différence entre un événement mineur et un événement
majeur. La RFC 2196 définit une série de priorités permettant de contenir
les dommages dans un environnement. La réponse exacte dépend de l'organisation
et de la nature de l'attaque à laquelle elle doit faire face. Vous pouvez
toutefois envisager les priorités suivantes comme point de départ :
1. Protection de la vie humaine et de la sécurité des personnes. Telle est bien évidemment la priorité numéro un dans tous les cas.
2. Protection des données sensibles ou confidentielles. Lors de la planification de la réponse aux incidents, vous devez définir clairement quelles sont les données confidentielles et sensibles. Vous êtes ainsi plus à même d'affecter un ordre de priorité aux données à protéger.
3. Protection des autres données, notamment les données propriétaires, scientifiques et de gestion. D'autres données de l'environnement peuvent avoir de la valeur. Vous devez en premier lieu protéger les données stratégiques avant de vous occuper des données moins importantes.
4. Protection du matériel et des logiciels contre les attaques. Il faut notamment se prémunir contre la perte ou l'altération des fichiers système ou encore contre les dommages physiques du matériel. Les dommages causés aux systèmes peuvent provoquer des périodes d'arrêt très coûteuses.
5. Limitation de la durée d'interruption du fonctionnement des ressources informatiques (processus inclus). Bien que la disponibilité d'un système soit très importante dans la majorité des environnements, le maintenir opérationnel à tout prix au cours d'une attaque peut entraîner des problèmes plus graves par la suite. Par conséquent, la limitation de la durée d'interruption du fonctionnement arrive en dernier dans les priorités.
Vous
pouvez appliquer un certain nombre de mesures pour limiter les dommages et les
risques au sein de l'environnement, et partant :
· Essayer de faire en sorte que les auteurs de l'attaque ne se sachent pas découverts. Cette tâche peut être délicate puisque certaines mesures de réponse peuvent les alerter. En effet, un intrus interne peut savoir que vous soupçonnez un incident si, par exemple, une réunion d'urgence du CSIRT est organisée ou que vous demandez le changement immédiat de tous les mots de passe.
· Comparer le coût de mise hors service des systèmes compromis et des systèmes connexes au risque posé par la poursuite des opérations. Le plus souvent, vous devez immédiatement déconnecter le système du réseau. Toutefois, il se peut que certains accords de niveau de service (SLA) en vigueur nécessitent la disponibilité des systèmes, même si cela risque d’entraîner d’autres dommages. Si tel est le cas, vous pouvez choisir de conserver un système en ligne avec toutefois une connectivité limitée. Vous pouvez ainsi réunir des preuves supplémentaires pendant une attaque en cours.
· Dans certains cas, les dommages et l'ampleur d'un incident peuvent être si graves que vous pouvez être amené à intenter une action se prévalant des clauses pénales spécifiées dans vos accords de niveau de service. Dans tous les cas, il est très important que les actions intentées en cas d'incident soient étudiées à l'avance et présentées dans le plan de réponse afin de lancer immédiatement la procédure lors d'une attaque.
· Déterminer les points d'accès utilisés par l'intrus et mettre en œuvre des mesures permettant d'éviter que ces failles soient exploitées à l'avenir. Ces mesures peuvent inclure la désactivation d'un modem, l'ajout d'entrées de contrôle d'accès à un routeur ou à un pare-feu, ou bien l'ajout des dispositifs et procédés de sécurité physiques.
· Penser à reconstruire un système entièrement neuf, avec de nouveaux disques durs (les disques durs existants doivent être retirés du système et stockés pour servir de preuves si vous décidez de poursuivre les coupables). Veillez à modifier tous les mots de passe locaux, ainsi que les mots de passe des comptes d'administration et de service partout ailleurs dans l'environnement.
Identification de la gravité des préjudices subis
Pour
rétablir le fonctionnement normal des systèmes à la suite d'une attaque, vous
devez déterminer l'importance des dommages subis. Vous saurez ainsi quelle
approche adopter par la suite pour minimiser le risque, le mode de récupération
à appliquer, la rapidité avec laquelle l'incident sera signalé et à qui, et
s'il faut ou non exiger réparation.
Il est
impératif de déterminer les éléments suivants :
·
la nature de
l'attaque (qui peut être différente de ce que suggère l'évaluation
initiale) ;
·
le point d'origine
de l'attaque ;
·
le but de l'attaque
(l'attaque visait-elle votre organisation en particulier et des informations
spécifiques, ou était-ce une attaque casuelle ?) ;
·
les systèmes
compromis ;
·
les fichiers
auxquels des personnes ont accédé et dans quelle mesure ils contiennent des
informations sensibles.
Une
fois ces détails identifiés, vous serez en mesure de déterminer les réponses
qui s'imposent en fonction de l'environnement. Un plan de réponse aux incidents
efficace indique les procédures précises à appliquer à mesure que vous en
apprenez davantage sur l'attaque. En général, la nature des symptômes de
l'attaque détermine l'ordre dans lequel les procédures du plan sont mises en
œuvre. Comme le temps est précieux dans ce type de situation, les procédures
rapides précèdent souvent les procédures plus longues. Pour mesurer plus
facilement la gravité des préjudices subis, procédez comme suit :
· Contactez les autres membres de l'équipe de réponse aux incidents pour les informer de vos découvertes et les laisser vérifier les résultats. Demandez-leur s’ils sont au courant d’activités connexes ou d'autres attaques potentielles et aidez-les à déterminer s'il s'agit d'une fausse alerte. Dans certains cas, ce qui semble être un véritable incident d'après l'évaluation initiale s'avère être une fausse alerte.
· Déterminez si du matériel non autorisé a été connecté au réseau ou si certains signes semblent indiquer un accès non autorisé par la transgression des contrôles de sécurité physiques.
· Examinez les groupes principaux (Administrateurs de domaine, Administrateurs, etc.) afin de vous assurer qu'ils ne contiennent pas de membres non autorisés.
· Recherchez d'éventuels logiciels d'exploitation ou d'évaluation de la sécurité. À l'occasion du recueil de preuves, des utilitaires de décodage illégal sont souvent découverts sur les systèmes compromis.
· Recherchez des processus ou des applications non autorisés en cours d'exécution ou dont l'exécution est planifiée, par l'analyse des dossiers de démarrage ou des entrées du Registre.
· Examinez les journaux système pour vérifier la présence ou l'absence de violations de sécurité.
· Recherchez d'éventuels indices d'intrusion dans les journaux système de détection des intrusions, les systèmes susceptibles d'avoir subi des dommages, les méthodes employées pour l'attaque, l'heure et la durée de l'attaque et l'étendue globale des dégâts potentiels.
· Examinez les autres fichiers journaux pour y rechercher des connexions inhabituelles, des défaillances dans les audits de sécurité, un nombre anormalement élevé d'audits de sécurité réussis, des échecs de tentatives d'ouverture de session, des tentatives d'ouverture de session avec des comptes par défaut, une activité en dehors des heures de travail, des changements d'autorisations d'accès aux fichiers, aux répertoires et aux partages ainsi que des modifications ou des élévations de privilèges utilisateur.
· Comparez l'état actuel des systèmes avec les contrôles d'intégrité effectués précédemment sur les fichiers et les systèmes. Vous pourrez ainsi constater les ajouts, les suppressions, les modifications ainsi que les changements de contrôle et d'autorisations présents dans le système de fichiers et le Registre. Si vous identifiez les éléments compromis et les domaines qui nécessitent des mesures de récupération, vous gagnerez un temps précieux lors de la réponse aux incidents.
· Recherchez des données sensibles (comme des numéros de carte de crédit et des données relatives aux clients ou aux employés) qui auraient pu être déplacées ou masquées en vue d'être extraites ou modifiées ultérieurement. Il peut également être nécessaire de rechercher dans les systèmes des données non professionnelles, les copies illégales de logiciels ainsi que des messages électroniques ou d'autres enregistrements susceptibles de vous aider dans votre enquête. Si de telles recherches risquent d'enfreindre la sécurité ou la législation, contactez votre service juridique avant de poursuivre.
· Comparez les performances des systèmes suspects par rapport aux niveaux de performances de référence. Il est clair que cette opération n'est possible que si des critères de référence ont été établis et mis à jour correctement. Pour plus d'informations sur la création d'une ligne de base en matière de performances, reportez-vous au chapitre 27 du Kit de ressources de Windows 2000 Professionnel (Microsoft Press, ISBN : 1-57231-808-2), « Overview of Performance Monitoring » (Présentation de l'analyse des performances).
Pour
identifier les systèmes compromis et déterminer dans quelle mesure ils l'ont
été, vous devez généralement comparer les systèmes aux critères de référence
auxquels ils répondaient avant leur attaque. Si vous partez du principe qu'un
instantané récent du système suffit pour la comparaison, vous risquez d’être
confronté à des difficultés dans le cas où l'instantané en question
proviendrait d'un système qui a déjà subi une attaque.
Remarque : Des outils tels qu'EventCombMT,
DumpEL et Microsoft Operations Manager (MOM) peuvent vous aider à déterminer
l'étendue de l'attaque menée contre un système. Des systèmes tiers de détection
des intrusions peuvent prévoir l'imminence d'une attaque tandis que d'autres
outils permettent d'identifier les modifications apportées aux fichiers sur vos
systèmes. Pour plus d’informations sur ces outils, consultez le
chapitre 9, « Audit et détection des intrusions ».
Protection des preuves
Si
votre environnement a fait l'objet d'une attaque délibérée, vous devrez le plus
souvent prendre des mesures légales à l'encontre des coupables. Vous serez
alors amené à réunir des preuves qui, le cas échéant, seront utilisées contre
eux. Il est très important de sauvegarder les systèmes compromis dans les
meilleurs délais, et ce, avant d'effectuer toute action susceptible de nuire à
l'intégrité des données sur le support d'origine. Vous devez vous entourer des
services d'une personne compétente en la matière pour effectuer au moins deux
sauvegardes intégrales bit par bit du système complet, à l'aide de supports
entièrement neufs. Au moins une sauvegarde doit être effectuée sur des supports
non réinscriptibles (WORM) tels qu'un CD ou un DVD en lecture seule. Cette sauvegarde
sert uniquement de preuve pour poursuivre les coupables ; elle doit être
conservée en lieu sûr jusqu'à son utilisation. Les autres sauvegardes peuvent
servir à la récupération des données. Comme elles servent à des fins
juridiques, il est nécessaire de les protéger physiquement. Vous devez
également documenter tout ce qui a trait aux sauvegardes, notamment leurs
auteurs, les dates de création, les mesures prises pour les protéger et toutes
les personnes qui y ont eu accès.
Une
fois les sauvegardes effectuées, il faut retirer les disques durs d'origine et
les stocker en lieu sûr. Ceux-ci pourront servir de preuves en cas de
poursuites judiciaires. De nouveaux disques durs doivent être utilisés pour la
restauration du système.
Dans
certains cas, l'avantage offert par la préservation des données n'équivaut pas
au coût induit par le retard qu'elle provoque dans la réponse et la
récupération du système. Les coûts et les avantages de la conservation des
données doivent être comparés à ceux d'une récupération plus rapide pour chaque
événement.
Pour
les très gros systèmes, des sauvegardes complètes de tous les systèmes
compromis ne sont pas réalisables. Il est préférable de sauvegarder tous les
fichiers journaux ainsi qu'une sélection de parties endommagées.
Si possible,
sauvegardez aussi l'état du système. Il peut se passer des mois, voire des
années, avant que l'affaire soit jugée. Aussi est-il important d'archiver un
maximum d'informations sur l'incident en vue d'une utilisation future.
Souvent,
dans le cadre des poursuites intentées contre l'auteur d'un délit informatique,
la difficulté majeure consiste à réunir des preuves acceptables d'un point de
vue légal par la juridiction concernée. Par conséquent, l'élément essentiel de
la procédure judiciaire consiste à élaborer une documentation détaillée et
complète sur la façon dont les systèmes ont été gérés, par qui et quand, afin
d'établir des preuves irréfutables. Signez et datez chaque page de cette
documentation.
Après avoir vérifié les sauvegardes et vous être assuré de leur bon fonctionnement, vous pouvez éliminer les systèmes compromis et en reconstruire de nouveaux. L'organisation peut ainsi reprendre rapidement une activité normale. Ce sont les sauvegardes qui fournissent les preuves stratégiques et irréfutables requises dans le cadre d'une action en justice. Pour la restauration des données, il faut recourir à une sauvegarde distincte de celle utilisée pour la procédure judiciaire.
Notification aux organismes externes
Une
fois l'incident maîtrisé et les données sauvegardées en vue de poursuites
éventuelles, vous devez en informer les entités externes appropriées. Parmi
celles-ci, citons les organismes locaux et nationaux chargés de l'application
de la loi, les organismes de sécurité externes et les experts en matière de
virus. Les organismes externes peuvent vous fournir une assistance technique,
en vous proposant une procédure de résolution plus rapide et des informations
obtenues à la suite d'incidents similaires. Cela peut vous aider dans la
procédure de récupération du système et permet d'éviter que l'incident se
reproduise.
Dans
certains secteurs d'activités et types de violations spécifiques, il est
parfois nécessaire d'avertir des clients particuliers ou le public en général,
notamment si l'incident a des répercussions directes sur les clients.
Si
l'événement a eu un impact financier important, vous devrez peut-être le
signaler également aux organismes chargés de l'application de la loi.
Dans
le cas d'entreprises et d'incidents de grande envergure, l'information doit
parfois être communiquée aux médias. S'il n'est jamais bon d'attirer
l'attention de ces derniers sur un incident lié à la sécurité, leur
intervention est souvent inévitable ; elle est par ailleurs bénéfique pour
l'entreprise, qui témoigne ainsi d'une attitude proactive en signalant
l'incident. En revanche, il est indispensable que les procédures de réponse aux
incidents définissent clairement les personnes autorisées à s'adresser aux
médias. En principe, il s'agit du département des relations publiques de
l'organisation. Il est souvent déconseillé de nier qu'un incident est survenu.
En effet, un déni porte, en général, davantage atteinte à la réputation de
l'entreprise qu'une approche proactive qui admet les dommages subis et explique
les mesures prises pour les pallier. Cela ne veut pas dire qu'il faut informer
les médias de chaque incident, quelle que soit sa nature ou sa gravité. En
fait, la réaction à adopter face aux médias doit être décidée au cas par cas.
Récupération des systèmes
Le mode
de récupération du système choisi dépend généralement de l'ampleur de
l'incident de sécurité. Vous devez déterminer si vous pouvez restaurer le
système existant en le laissant le plus possible intact ou s'il faut le
reconstruire complètement.
La
restauration des données suppose que vous disposiez de sauvegardes dites
« propres », effectuées avant l'incident. Des logiciels
d'intégrité des fichiers peuvent faciliter l'identification du premier dommage
subi. Si le logiciel signale un fichier modifié, vous êtes certain que la
sauvegarde réalisée juste avant l'alerte est valable et qu'elle doit être
conservée pour la reconstruction du système compromis.
Il est
possible qu'un incident endommage des données pendant quelques mois avant
d'être découvert. Il est donc très important que vous déterminiez, dans le
cadre du processus de réponse aux incidents, la durée de l'incident (les
logiciels d'intégrité des fichiers et des systèmes ainsi que les systèmes de
détection des intrusions peuvent vous y aider). Dans certains cas, il se peut
que la dernière sauvegarde, voire les quelques sauvegardes antérieures ne
suffisent pas à ramener le système à la normale. Aussi est-il fortement
recommandé d'archiver régulièrement les sauvegardes de données en lieu sûr,
hors du site.
Compilation et organisation des preuves relatives à l'incident
Le
CSIRT doit documenter en détail tous les processus de gestion de l'incident. Il
doit pour cela fournir notamment une description de la violation de sécurité et
des détails sur chaque action entreprise (responsable, date et motif de
l'action). Le processus de réponse doit signaler toute personne participant au
processus et autorisée.
La
documentation doit ensuite être organisée chronologiquement. Il faut s'assurer
qu'elle est complète, signée et révisée par des représentants de la direction
et des services juridiques. Vous devez également protéger les preuves réunies
lors de la phase concernée. Il est préférable que deux personnes soient
présentes pendant toutes les phases, pour valider chacune d'elles par sa
signature. Vous réduirez ainsi les risques que des preuves soient considérées
comme inacceptables ou modifiées après les faits.
Rappelez-vous
que le coupable peut être un employé, un sous-traitant, un intérimaire ou une
autre personne de l'organisation. En l'absence d'une documentation approfondie
et détaillée, l'identification d'un intrus interne est très ardue. Une
documentation correcte est également un sérieux atout pour engager des
poursuites contre les coupables.
Évaluation des dommages et des coûts de l'incident
Lorsque
vous déterminez les dommages subis par votre organisation, pensez à la fois aux
coûts directs et aux coûts indirects, parmi lesquels :
·
les coûts liés à la
perte encourue par l'entreprise en termes de compétitivité à la suite de la
fuite d'informations propriétaires ou sensibles ;
·
les frais de
justice ;
·
les coûts du
personnel requis pour l'analyse des violations de sécurité, la réinstallation
des logiciels et la récupération des données ;
·
les coûts associés à
l'arrêt du système (par exemple, la perte de productivité des employés, le
manque à gagner en termes de ventes, le remplacement du matériel, des logiciels
et autres biens) ;
·
les coûts de
réparation et, le cas échéant, de mise à jour des moyens de sécurité physiques
inefficaces ou endommagés (verrous, murs, racks, etc.) ;
·
d'autres dommages
consécutifs, tels que la dégradation de la réputation de l'entreprise auprès
des clients ou la perte de confiance de la part de ces derniers.
Révision des stratégies
de réponse et de mise à jour
Au terme des phases de documentation et de récupération, vous devez
revoir intégralement la procédure. Avec le concours de toute l'équipe,
déterminez les étapes exécutées correctement et les erreurs commises. Il vous
faudra probablement modifier l'une ou l'autre procédure de façon à améliorer à
l'avenir la gestion des incidents.
Il est
logique que vous découvriez certaines failles dans votre plan de réponse aux
incidents, la recherche de celles-ci étant d'ailleurs l'objet de l'exercice « post mortem »
prévu ici. L'exercice a pour but d'identifier les domaines à améliorer, point
de départ d'un tout nouveau processus de planification de la réponse aux
incidents.
Scénario : gestion des incidents au sein de la société
Contoso
Pour
illustrer la manière dont sont gérées les différentes étapes de la réponse aux
incidents en cas d'attaque, une étude de cas montre la réaction adoptée par le
groupe CSIRT de la société Contoso face à une infection par le virus Code
Red II. Même s'il s'agit d'une étude de cas fictive, elle met en lumière
des mesures réalistes, très similaires à celles adoptées par les organisations
réelles en cas d'attaque.
Tableau 10.3. Étude de cas de Contoso
Étape de réponse à l'incident Action entreprise
Évaluation initiale Membre du centre d'appel du CSIRT, Samantha Smith reçoit par
radiomessagerie une courte description d'un événement enregistré par le système
de détection des intrusions de Contoso. Le système indique un incident
potentiel, causé par le virus Code Red II sur le serveur Web, WEB2. Samantha
examine le fichier journal IIS de WEB2 pour y rechercher la chaîne de signature
du virus et vérifie la présence de root.exe dans c:\inetpub\scripts. Les
résultats de ces investigations laissent penser qu'il ne s'agit pas d'une fausse
alerte.
Communication de l'incident Samantha avertit par téléphone le reste du
CSIRT pour leur faire part de ses constatations initiales. Elle s'engage à leur
communiquer des détails supplémentaires dès qu'ils seront disponibles.
Minimisation des dommages et des risques La stratégie de réponse aux incidents de
Contoso stipule que la vérification de la présence d'un ver requiert le retrait
du système visé du réseau. Samantha débranche le câble qui relie WEB2 au
réseau. Heureusement, WEB2 fait partie d'un ensemble de serveurs à équilibrage
de charge, si bien que les clients n'ont à subir aucun temps d'immobilisation.
Communication de l'incident Samantha communique ses conclusions aux
autres membres du CSIRT par courrier électronique et contacte directement le
responsable du CSIRT.
Ce dernier désigne Taylor Maxwell, directeur du
département de la sécurité informatique, comme responsable de la gestion de
l'incident. Taylor est chargé de coordonner toutes les activités ainsi que les
communications échangées avec le noyau principal du CSIRT.
Taylor avertit le directeur des technologies et
l'équipe informatique de service que le serveur Web a été déconnecté du réseau
et qu'il sera débarrassé du ver avant sa reconnexion.
Il informe également la direction, le responsable
de la communication et le représentant juridique, qui l'invite à suivre les
procédures requises pour rassembler des preuves, bien qu'une action en justice
soit impossible.
Identification de la gravité des préjudices subis Samantha analyse les fichiers journaux des
autres serveurs pour déterminer si le ver s'est propagé. Elle découvre que ce
n'est pas le cas.
Minimisation des dommages et des risques Un autre membre du CSIRT, Robert Brown,
exécute l'utilitaire Microsoft Baseline Security Analyzer (MBSA). Cet outil
permet aux administrateurs de s'assurer, à partir d'un emplacement central, que
tous les serveurs Microsoft® Windows NT® version 4.0,
Windows 2000, et Microsoft® Windows® XP sont dotés de correctifs à
jour. Dans ce cas particulier, Robert vérifie si les autres serveurs sont dotés
du correctif concernant le virus Code Red II : il constate que deux
autres serveurs n'ont pas été mis à jour et leur applique immédiatement le
correctif requis.
Identification de la gravité des préjudices subis Robert effectue une analyse plus
approfondie des fichiers journaux de tous les autres serveurs IIS et ne trouve
aucune trace d'une instance de Code Red II pour l'instant.
Protection des preuves Tout
indique que seul WEB2 a été touché. Ayant réussi à limiter raisonnablement les
dégâts et invité par le service juridique à réunir des preuves, Taylor décide
de se mettre immédiatement au travail, avant qu'une analyse du système plus
poussée vienne altérer ou détruire des preuves. D'autres membres de l'équipe
continuent à surveiller les autres serveurs Web et à consigner des informations
sur les activités suspectes.
Un membre du CSIRT formé pour rassembler des
preuves judiciaires crée deux instantanés (des sauvegardes physiques complètes)
du système compromis. Le premier est conservé soigneusement en vue de l'enquête
judiciaire à venir. Le second pourra être utilisé dans le cadre du processus de
récupération, en complément des sauvegardes propres et sécurisées effectuées
avant l'événement. Des supports neufs non réinscriptibles ont été employés pour
la sauvegarde réalisée à des fins judiciaires. Conformément à la stratégie de
sécurité, cette sauvegarde est soigneusement documentée, scellée et placée en
lieu sûr, avec les disques durs du serveur.
Identification du type et de la gravité de
l'attaque L'ordinateur portable
équipé du jeu d’outils de sécurité (notamment à usage judiciaire) de
l'organisation permet de rechercher dans la sauvegarde de récupération des
signes pouvant laisser présager des dégâts supplémentaires. Les entrées du
Registre et les dossiers sont passés en revue pour effectuer des recherches
dans les zones d'exécution de logiciels au démarrage, tels que les répertoires
de profils/démarrage, les clés de Registre Run et RunOnce. Les comptes d'utilisateur
et de groupe sont également analysés, parallèlement aux stratégies de sécurité
et aux droits des utilisateurs, de façon à détecter d'éventuelles
modifications. Un examen des journaux de sécurité vise à identifier toute autre
activité suspecte.
Notification aux organismes externes Dans la mesure où Contoso participe à
d'importants projets de sécurité publics aux États-Unis, Taylor signale
l'incident au National Infrastructure Protection Center du FBI.
Comme les informations sur les clients et l'accès
aux systèmes n'ont pas été compromis, les clients ne sont pas informés de
l'attaque.
Récupération des systèmes Bien qu'il existe des outils capables d'éradiquer Code
Red II de WEB2, le CSIRT et l'équipe de support technique de WEB2
choisissent de réinstaller le système d'exploitation sur de nouveaux supports. Cette
décision et le recours au Microsoft Security Toolkit leur garantit un système
« propre », n'offrant aucune porte d'entrée aux pirates et dépourvu
de fichiers endommagés.
Une fois Windows 2000 réinstallé, un verrou
de sécurité est appliqué au système, conformément aux consignes spécifiées dans
les chapitres 5 à 7 de ce guide.
Une sauvegarde non infectée est localisée puis, conformément aux procédures
documentées, les données sont restaurées. Si les données sont disponibles
uniquement à partir de la sauvegarde compromise, elles sont restaurées sur un
système hors connexion distinct, puis réintégrées sur WEB2 lorsqu'il a été
prouvé qu'elles ne présentent plus le moindre danger de contamination.
Le CSIRT effectue une évaluation complète des
vulnérabilités du système en documentant toutes les informations découvertes
dans le processus.
WEB2 est reconnecté au réseau, puis placé sous
surveillance afin d'identifier immédiatement tout signe de nouvelle infection.
Compilation et organisation des preuves
relatives à l'incident Taylor et le CSIRT recherchent l'origine de la
vulnérabilité : ils découvrent que le système a été récemment réinstallé
et que les correctifs n'ont pas été appliqués. Cette omission va évidemment à
l'encontre de la stratégie en vigueur, pourtant clairement définie.
Trois négligences expliquent cet événement. Tout d'abord, les membres de
l'équipe de support technique n'ont pas réinstallé les correctifs. Ensuite, le
service de sécurité informatique n'a pas audité les correctifs appliqués de
façon opportune. Et enfin, le groupe de gestion de la configuration n'a pas
identifié le besoin d'appliquer des correctifs et n'a pas demandé à l'équipe
chargée de la sécurité informatique de vérifier le système avant sa
« remise en ligne ». Le respect de l'une de ces procédures au moins
aurait permis d'éviter l'incident.
Le CSIRT décide de mettre en œuvre une nouvelle procédure pour éviter qu'un tel
incident ne se reproduise. Il élabore une liste de contrôle qui doit être
complétée par chacune des entités responsables de la gestion des modifications,
du support du serveur Web et de la sécurité informatique, avant que ce dernier
service n'approuve la réintégration d'un système dans le réseau interne. Cette
liste doit être mise en œuvre avant que le service de sécurité informatique ne
reconfigure le pare-feu pour permettre l'accès externe en provenance ou à
destination de ce système. Le département chargé de l'audit doit également
vérifier régulièrement que les listes de contrôle sont complétées de façon
précise et exhaustive.
Taylor et le CSIRT compilent toute la documentation pour déterminer les tâches
de réponse à l'incident effectuées, la durée de chacune d'entre elles et la
personne qui les a mises en œuvre. Ces informations sont envoyées aux services
financiers pour qu'ils calculent les coûts, conformément aux normes comptables
(les « Generally-Accepted Accounting Principles » aux
États-Unis), portant sur les dommages informatiques.
Le responsable du CSIRT s'assure que la direction est consciente du coût total
de l'incident, des raisons pour lesquelles celui-ci a pu se produire et des
mesures à prendre pour éviter qu'il ne se reproduise. Il est important que la
direction comprenne les conséquences sérieuses que peuvent avoir le manque de
procédures ou le non-respect de celles-ci ainsi que l'absence de ressources
(telles le CSIRT) en place.
La documentation globale sur l'incident, les leçons tirées ainsi que les
stratégies, suivies ou non, sont passées en revue par les membres de l'équipe
concernée.
La documentation et les procédures relatives à la mise en œuvre de poursuites
judiciaires sont analysées par le représentant juridique, le responsable du
CSIRT, le responsable des incidents au sein du CSIRT et la direction.
Résumé
Ce
chapitre traite principalement des mesures à prendre pour minimiser les risques
d'attaque. Toutefois, l'approche idéale pour une organisation en matière de
gestion de la sécurité consiste à admettre qu'une attaque est possible et à
mettre tout en œuvre pour limiter un tel risque. Dans le cadre de ce processus,
il faut notamment mettre en place un audit approfondi de l'attaque
(reportez-vous au chapitre 9, « Audit et détection des
intrusions »), mais il est tout aussi important de définir un ensemble de
réactions à adopter en cas d'attaque.
Autres références
Hacking
Exposed Windows 2000, par Joel
Scambray et Stuart McClure (McGraw-Hill Professional Publishing, ISBN :
0072192623).
Computer
Security Institute : publication d'une étude annuelle intitulée
« Computer Crime and Security Survey » (http://www.gocsi.com).
Informations complémentaires
Handbook for Computer Security Incident Response
Teams :
http://interactive.sei.cmu.edu/Recent_Publications/1999/March/98hb001.htm.
Forum of
Incident Response and Security Teams (FIRST) :
http://www.polarisgroup.com/products.asp
Incident Response : Investigating Computer Crime, par Chris Prosise et Kevin Mandia
(McGraw-Hill Professional Publishing, ISBN : 0072131829).
The Internet Security Guidebook : From Planning
to Deployment, par Juanita
Ellis, Tim Speed et William P. Crowell (Academic Pr, ISBN : 0122374711).
RFC 2196 :
http://www.ietf.org/rfc/rfc2196.txt?number=2196.
Chapitre 27,
« Overview of Performance Planning », du Kit de ressources
techniques de Windows 2000 Professionnel :
http://www.microsoft.com/technet/treeview/default.asp?url=/technet/prodtechnol/windows2000pro/reskit/part6/proch27.asp
(en anglais).
Commande d'un exemplaire gratuit du Microsoft Security Toolkit :
http://www.microsoft.com/security/kitinfo.asp.
Cert Coordination Center (CERT/CC) :
http://www.cert.org/